Rencontres caraibéennes sur l’esclavage et les réparations

Rencontres caraibéennes sur l’esclavage et les réparations

Intervention de Jean­ Jacob BICEP le Dimanche 9 février 2013 au Lamentin en Guadeloupe

Bonjour à toutes et tous,

Je voudrais au préalable vous dire ma fierté d’être parmi vous ce matin .
Comme vous le savez je suis député européen depuis mai 2012. Je rends ici hommage à mon prédécesseur le Ministre charge du Développement Monsieur Pascal Canfin que j’ai en effet remplacé au Parlement Européen, lorsqu’il a été nommé Ministre. Je n’oublie pas la mairie du 20 ème arrondissement de Paris où j’étais élu en charge du transport de la voirie et des déplacements.
Je voudrais remercier les organisateurs de m’avoir associé à ces Rencontres caraibéennes sur l’esclavage et les réparations et de me donner l’occasion d’échanger avec vous sur nos démarches respectives dans la caraïbe mais aussi avec la diaspora.
En Arrivant en mai 2012 au Parlement Européen, je me suis rendu compte que ce Parlement censé représenter l’ensemble des européens ignore complètement une de ces composantes, sa population afro descendante dont elle passe sous silence toute son histoire, ses aspirations, son art et sa culture sinon à travers son propre prisme. La colonisation européenne semble ne pas être un sujet alors qu’elle est au centre des réalités postcoloniales, telles que les problématiques de l’immigration ou les accords de partenariat économique avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique). Quant à la question des réparations aucun député n’ose l’aborder au Parlement Européen.
Je pars du constat que la France est le seul pays européen à avoir reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité, avec la loi du 21 mai 2001 dont la députée de la Guyane, Christiane Taubira avait été à l’origine. Le projet de loi initial contenait un article 5 traitant des réparations. Cette partie fut supprimée par la commission des lois.
En examinant les possibilités qu’offre le Parlement Européen qui je le rappelle n’a pas l’initiative législative, je décide d’utiliser la seule possibilité existante, à savoir la Déclaration Ecrite. C’est une procédure qui permet aux députés de faire adopter une position officielle du parlement en faisant signer la déclaration par la majorité des membres qui composent le Parlement Européen.
Je trouve les dix collègues européens nécessaires, en vertu du règlement de « la déclaration écrite » appartenants à différents groupes politiques.

Je leur propose la déclaration écrite suivante :  » Instauration d’une journée européenne pour la reconnaissance des victimes de la colonisation européenne, de l’esclavage colonial et pour l’ouverture du débat sur les réparations. »
Seuls, 5 collègues européens étaient prêts à me suivre. Il était donc impossible d’inscrire la question à l’ordre du jour du Parlement Européen. La pierre d’achoppement portait sur la question des réparations. J’ai dû enlever cette partie de la déclaration écrite, afin d’obtenir les dix signatures requises au dépôt de cette « déclaration écrite. »
En ce qui concerne la question des réparations que je n’évoque pas dans la déclaration, je devais trouver un moment pour lancer le débat. Je décide de fusionner les deux en organisant une semaine européenne pour la reconnaissance des victimes de la colonisation européenne de l’esclavage colonial et pour les réparations.
Pour cette première au Parlement Européen j’invite à mes côtés ma collègue du groupe EELV Eva Joly, avec laquelle nous organisons cet événement, qui s’est déroulé à Bruxelles en mai 2013.
Au programme :
Des conférences
– Historiques avec notamment Sala-Moulins auteur du « Code Noir ou le Calvaire de Caen »
– Sociologiques
– Juridiques
Des événements culturels
– Exposition d’une artiste afro descendante Marie-Gérard Sona
– Une analyse du traitement de la question de l’esclavage dans le cinéma
– Une chorégraphie sur la lutte des esclaves pour leur libération
Pour permettre au plus grand nombre de personnes, hors du Parlement, de découvrir cette actualité je propose d’aller à la rencontre des citoyens. La marche des esclaves s est déplacée dans les rues de Bruxelles de même qu’une visite des lieux symboliques de la colonisation, dans la Capitale de l’Union Européenne intitulée, le colonial tour.
Un forum des associations européennes qui travaillent sur les questions de la colonisation, de l’esclavage, des réparations et du racisme anti-noir européen s’est également tenu au cours de cette semaine-là. Une déclaration signée par une trentaine d’associations installées dans dix pays de l’UE fut adoptée. Elle prévoit notamment la mise en commun des savoir-faire et une intensification des actions coordonnées à l’échelle européenne sur la question des réparations.
Du mois de mai au mois de juillet 2013, 118 députés sur 577 ont signé la déclaration écrite. N’ayant pas obtenu la majorité elle ne fut donc pas adoptée. Un petit calcul rapide nous enseigne que l’ensemble des membres des partis de la gauche européenne ne l’a pas signé. Mais, telle fut ma surprise de constater que l’ensemble des membres de mon groupe politique, les verts européens, n’avaient pas non plus signé la déclaration écrite alors même que la question des réparations en avait été écartée.
En dehors du cadre européen, je me rends à Tunis en Tunisie au forum social mondial de 2013 ou j’anime un atelier sur la question coloniale et des réparations avec notamment, Mireille Fanon la fille du célèbre Frantz Fanon. Nous adoptons une résolution sur la colonisation et les réparations qui seront reprise dans la résolution finale du Forum Social.
J’entame, ensuite une série de rencontres internationales de haut niveau afin que la question des réparations vienne à l’ordre du jour des sommets de l’Union Africaine. Après avoir fait le tour des ambassades africaines auprès de l’Union Européenne, j’obtiens un entretien avec le président du Sénégal Monsieur Maki Sall avec lequel j’ai évoqué la mise à l’ordre du jour de cette question par l’Union Africaine.
A ce titre, j’ai également rencontré le représentant de l’Union Africaine auprès de l’Union Européenne, et sollicite une entrevue avec la Présidente Madame Zuma. Cela ne s’est pas encore concrétisé mais, à l’occasion d’un déplacement à Addis-Ababa en Ethiopie, je me suis rendu dans les ambassades africaines en place auprès de l’Union Africaine. Comme toujours dans ces combats beaucoup de contacts sont nécessaires pour faire avancer les dossiers.
Devenant député, j’ai saisi l’opportunité qui m’était ainsi offerte de mettre la question postcoloniale européenne au cœur du Parlement Européen. Cependant, beaucoup de travail reste encore à faire avant que l’Europe assume son passé colonial dans toute sa dimension. Sur la question des réparations des avancées timides sont réalisées à l’exemple de l’indemnisation par le Royaume-Unis des victimes de ses méfaits coloniaux au Zimbabwe.
Avant de conclure mon intervention et bien que certains d’entre vous le savent déjà, je dois vous dire aujourd’hui que je suis victime pour avoir porté ces questions et d’autres, telles que le racisme anti-noir en Europe ou encore le combat pour la réparation des dégâts du chloredécone et la lutte contre l’épandage aérien de pesticides, jusqu’ au Parlement Européen.
Tout a été entrepris dans mon parti, Europe Ecologie Les Verts pour d’une part m’écarter des prochaines élections européennes et d’autre part, des places éligibles. Alors, au moment ou j’ai besoin de l’aide de tous, je vous demande de vous mobiliser et de saisir les responsables politiques d’Europe Ecologie les Verts, ce parti dans lequel je milite depuis tant d’années pour leur dire que vous n’êtes pas dupes et que vous ne laisserez pas faire.
Quelle que soit la place que j’aurai, sachez que ma place est au milieu de vous pour continuer le combat. Cette place-là, personne ne pourra me l’enlever. Alors mes frères de la caraïbe, des États-Unis et de la diaspora le combat continue.

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